4 heures du matin. Dans mon crâne persistent les pulsations endurées pendant la soirée. Des bribes de sensations me reviennent à l'esprit. Appuyé contre le meuble de la cuisine, je suis bien. Je saisis une pêche, et la porte à mes lèvres. Tout est silencieux. Derrière la vitre, un orage gronde, se dilue au dessus de la ville endormie. Je n'ai pas sommeil, je déclenche "Good evening".
Posons le cadre : New York, fin des 70's. Le CBGB est LE club où se rendre pour écouter du rock avant-garde. Talking Heads, Blondie, ou les Ramones s'y produisent et font bouger les lignes figées du punk et du rock.
Television, groupe mené par Tom Verlaine, fait partie de cette scène. "Marquee Moon" est le premier et unique album du groupe. Mal reçu par la critique, il est depuis devenu un objet de culte. Il témoigne de l'ouverture du Rock vers des territoires hybrides, et vastes.
Le titre éponyme posté ci-dessous, nous fait découvrir un univers sonore trop maniéré pour se proclamer punk, trop rock pour annoncer la New wave, une ambiance dont on ne saisit jamais vraiment la teneur. Mené par une ligne de basse et un riff entêtants, ce titre, fait de divagations et de cassures est devenu un classique. Un chef-d'œuvre de près de 10mn pour toute oreille de dandy converti au rock. > Television - Marquee Moon (1977) .
Se souvenir de Talk Talk sans penser à un type échevelé qui braille sous la bruine anglaise n'est pas chose aisée : pourtant Mark Hollis, aux manettes du groupe, est un gars ultra distingué, voir effacé. Les albums de Talk Talk sont tous habités par la retenue, le souffle long, le silence épars, la note étirée. Certains morceaux frôlent l'abstraction. "New Grass", est dans ce registre, d'une beauté absolue. Chef-d'œuvre humide - comme une matinée grise dans la campagne anglaise.
La gesticulation de Dudley Moore, le caractère totalement idiot de la situation, le jeu avec les arrières plans, font de ce passage un de mes préférés de la filmographie de Blake Edwards, pourtant riche en joyaux.
10 de Black Edwards (1979) Avec Dudley Moore, Julie Andrews, Bo Derek .
Dans les années 90, la musique électronique est devenu un genre à part entière, autonome au point que la FNAC, mon temple de découvertes de l'époque , se vit dans l'obligation de créer un rayon "Electronique". On y trouvait pêle-mêle les productions des pionniers de la Techno ou de la House, et une ribambelle de groupes étiquettés Trip-Hop. Parmi eux, un groupe anglais, Fila Brazillia, connaissait un vrai succès d'estime.
Je poste ce que je considère comme leur chef-d'œuvre, tant il se distingue par son audace. Imaginez : "Subtle body" dure plus de huit minutes, et ne contient que trois notes qui se répètent. Trois notes qui pourraient évoquer le son d'un ascenseur qui ferme ses portes, ou quelque chose d'approchant. Mais ces notes varient, malgré tout : dans leur vibration, ou dans leur intensité d'apparition. Le travail de texture sonore qui habille l'ensemble élève cette composition dépouillée à un haut niveau d'émotion. Je trouve ce morceau profondément mélancolique, et sensuel. Un chef-d'œuvre minimaliste, que je dédicace à Thomas Darc, en souvenir d'un week end à Rully.
Le Parc Danseurs Laurent Hilaire et Isabelle Guérin. Choreographie Angelin Preljocaj. Paris Opera Ballet. Piano Concerto #23 (K.488) 2d mouvement de Mozart. .
Si vous écoutez ces petites pépites synthétiques au casque, vous accédez à une autre dimension, autant vous le dire tout de suite (qu'on ne perde pas de temps).
Voici de quoi vous occuper vos soirées creuses : prenez une video sur Youtube, copiez son url, et collez-la dans le champs de saisie prévu à cet effet sur le site partenaire Yooouuu Tuuube. Vous allez visualiser le découpage de la video sous forme de grille en mouvement. Ci dessus, un effet obtenu avec "When doves cry" de Prince. Bluffant. .
Allez, une petite douceur. Le chanteur des Kings of Convenience nous berce en s'emparant d'un charmant tube de Wham. C'est bien parfois, la douceur, non ?
Alan Vega, icône déjantée d'un rock synthétique et anxiogène, vénéré dans ces colonnes à plusieurs reprises, ne fut pas que le fondateur du groupe Suicide. Dans le New York des années 70, il participa au mouvement "Project of Living Artists", dont le quartier général, actif 24h/24, accueillit entre autre les New York Dolls ou Blondie. Le Musée d'Art Contemporain de Lyon consacre sa première rétrospective à Alan Vega plasticien : installations, sculptures lumineuses, dessins,... ou la preuve que le talent peut s'imposer dans diverses disciplines. Le Vega est une mauvaise herbe qui pousse là où on ne l'attend pas.
"Nous vivons dans une dictature soft. Notre liberté est illusion. Dieu est mort. Nous n'avons même plus de grande guerre européenne. La démocratie est devenue une plaisanterie. Les politiciens sont des techniciens corrompus qui gouvernent notre pays comme s'ils manageaient une grande entreprise. La seule chose qui nous reste : le consumérisme. Le danger serait de nous en lasser, car au delà du consumérisme, il ne nous reste plus rien." J.G. Ballard Écrivain anglais, auteur de "La foire aux atrocités", "Crash", ou "L'empire du soleil"... .
Ceux qui ont toujours pris Jacques Tati pour un grand dégingandé sympathique, mais à l'humour suranné, feraient bien d'aller voir l'expo qui lui est consacré à la Cinémathèque Française.
Toute sa filmographie y est présentée. La mise en espace de l'exposition est un pur ravissement. Chaque film est délimité par une ambiance subtilement retranscrite, extrapolée avec imagination, enrichie de trouvailles et documents rares. Macha Makeïeff (initiatrice du projet) a parfaitement réussi son pari : elle rend au visiteur l'univers du cinéaste accessible, ludique, jouissif. Elle dévoile avec quelle évidence le rire poétique de Tati demeure moderne, et universel.
Un superbe voyage dans une époque aux résonances encore vivaces...
"Jacques Tati, deux temps trois mouvements" Du 08 avril au 02 août 2009 à la Cinémathèque Française. (M°Bercy, ligne 6-14)
Site officiel de Jacques Tati : (petite précision : la direction artistique du site fut effectuée par votre modeste serviteur ici présent) > Tativille.com
Steve Reich, est, avec Philip Glass, ou Terry Riley, l'une des figures les plus notoires de la musique répétitive américaine, mouvement musical qui a émergé dans le courant des années 60. Ils ont contribué à faire accepter la notion de boucles et de minimalisme dans la musique contemporaine. La genèse de la musique électronique de ces trente dernières années vient de là.
La composition postée ici n'est pas sans évoquer le point d'orgue des œuvres de Reich, " Music for 18 musicians " (1974-1976).
La Disco ne fut jamais aussi bonne que lorsqu'elle se déployait dans des harmonies minimalistes, évitant trompettes tonitruantes et chœurs écœurants qui ont mené le monde à une overdose de cette musique.
Surtout, elle restera marquée par l'emprunte de la Club Culture, une culture qui ne s'est jamais exposée au grand jour ou sur les ondes radios généralistes. ABBA, Boney M, Village People, Donna Summer et consorts n'étaient que les pantins gesticulants d'une vaste armada de l'ombre, qui de par sa production, a installé le rituel du DJeing, du travail du son, et des remix.
Un des princes de ce pan de la musique fut Larry Levan, DJ adulé au Paradise Garage (78-87), et remixeur génial, qui aujourd'hui fait l'objet d'un véritable culte. Une de ses protégées fut la chanteuse Taana Gardner, dont les tubes n'ont quasiment pas pris une ride, justement grâce à la production ronde, minimaliste ultra stylée de Larry Levan.